Gabriel Goubet

réalisateur

www.gabrielgoubet.com
Gabriel Goubet / réalisateur / director

NEW YORK 2015

Les jolies colonies de vacances

Les vacances

Ah les vacances ! Le départ les dernières courses la valise faite la veille fermer les volets donner une clé à la voisine passer un coup de balai prévenir les autres et dire «je pars » oh dis donc la chance tu vas où on te demande je pars c’est tout je me casse j’ai trop vu vos gueules cette ville crasseuse je me tire l’été c’est fait pour ça.
Ouvrir les yeux se lever tôt acheter le journal marcher dans le matin qui s’étire la valise à la main rejoindre la gare endormie monter dans le bahut se dire c’est fou ce truc va démarrer choisir sa place et s’étaler - pourvu qu’y en ai pas un qui vienne s’installer à coté de moi. Hop ! Une horloge sur le quai tombe d’accord avec votre billet et il est temps deux grincements un cri métallique léger et le décor se bouge un peu puis de plus en plus, des hangars quelques locos en parking, des maisons grises avec des jardins potagers, le panorama accélère, la campagne se pointe pour devenir bientôt un flux de couleur incessant, du gris bleu en haut du vert et du marron en bas.
Dans le wagon le bruit continuel remet tout le monde à sa place, aplani les divergences, cinq minutes d’observation bi-latérale, chacun s’accepte en incluant les autres. La fille en rouge m’intrigue, le type en face dort déjà. Les vacances ont déjà commencé.
Ah la mer ! La « Côte d’Azur » ! Rien que de le dire l’odeur des frites me monte au nez. Les villas avec piscine reprennent du service, les terrasses servent des diabolos à 5 euros et les campings font ce qu’ils peuvent pour absorber le flux embouteillé de la nationale 7. Arrivés à bon port, au milieu des tentes ombragées, les vieux prennent l’apéro sous les auvents, l’œil posé sur le verre moutarde rempli de Pastis et le commentaire alerte sur le petit qui n’arrête pas de grandir. Les filles vont par deux à la plage, s’éloignant vers des boutiques en carton pâte, posées entre la poussière et l’eau, déversant leurs lots de canots dégonflables et d’épuisettes pour la chasse au crabe. Les jeunes allemands s’étalent sur des hectares, tranquilles et amoureux, les tongs en bandoulière et la bière à portée de main. La voisine n’arrête pas de râler depuis sa cuisine de mobile-home. Normal, les motards débarqués avant hier mettent du hard-rock à fond.
Ratissée tôt le matin par la municipalité, la plage accueille tout ce petit monde. De jeunes motivés sillonnent le sable brûlant, lunettes noires et glacières en bandoulière : « Chou-chou ! Co-Ca-Co-la, Sprite ! ». Le parasol devient l’outil de survie et les gouttes d’eau n’ont pas le temps de glisser sur la peau tellement il fait chaud. Les familles nombreuses marquent leur territoire à grand coup de serviettes taille américaine, ré-étalées proprement à chaque retour de bain. Le beau-frère propose un volley pendant que les mères étalent du protection 30 sur les peaux fragiles des marmots impatients d’aller se baquer.
Entre la mer et les pins parasols du camping, il y a la route, dangereuse et incertaine. Parfois une camionnette improbable bardée d’affiches et surmontée d’un mégaphone fait la parade : « Ce souâââr… à vingt et une heure… Grrrand spectacle de Cirque… venez rire avec les clowns… frrrééémir avec les lions… frrriiisssonner devant les trapézistes ! ». La musique d’orchestre s’éloigne, couverte par les camions de pompiers, qui, beuglant leur urgence à la face des badauds, se frayent un chemin sur le goudron à deux voies. Quelqu’un crie : « Oh mon Dieu ! Regardez la colline ! ». La foule se retourne. Un brasier énigmatique coupe le ciel en deux. Un canadair plein de courage pique du nez et dégueule sur la montagne. La populace, scotchée comme un lapin devant des pleins phares, commente le feu, soupire puis doucement s’en revient à la mer. Un orage est annoncé plus tard dans la soirée et mercredi on ira à la pêche, Jeannot nous emmenera avec son bateau. Au loin, des jeunes gens dépensent de l’essence en virages serrés sur des jet-skis flambant neufs. Il est temps de rentrer le soleil a finit sa course, et il y a encore la tambouille à préparer sur le réchaud prêté par les Leroux, des Creusois qui viennent en camping-car depuis 30 ans sur le même emplacement.
Ah les retours de vacances ! Les derniers kilomètres avant la gare sont les plus heureux rien n’a changé les locos en parking sont toujours là entre voyageurs on s’observe tous debouts et figés dans la coursive le sac à l’épaule le regard au loin fatigués de ce voyage long et uniforme. Les premiers pas à la sortie de la gare les enseignes qui ont changé le parfum de la rentrée avec son goût de cartable qui attrape le nez les personnes qu’on a envie d’appeler ai-je été cambriolé ?
On prend le courrier amassé dans la boite à lettre comme quoi tout a continué à fonctionner ici la porte est indemne un odeur de figé emplit le salon et un sifflement de désert sort du frigo. La pluie tombe déjà, jusqu’au prochain départ.

écrire.

La fille du métro Un jour dans le métro à Paris une fille s’assoit devant moi. Elle me plaît tout de suite. Elle est brune, fine, un condensé des mille filles brunes que j’ai aimé un jour. Elle corrige un devoir de mathématique, j’y jette un coup d’œil, j’y comprend rien, elle me regarde. Un parfum de bonheur possible immédiat, illimité, me soulève le cœur. Nous nous observons le temps de trois stations. Je sens chez elle la même vibration soudaine. Elle range ses affaires et se lève pour descendre à la prochaine station sans se retourner mais je sais qu’elle sait que je la fixe. Les portes s’ouvrent. Elle descend de la rame et disparaît de mon champ de vision. Le métro démarre, et à l’instant où nos regards se croisent à nouveau, je réalise dans ses yeux que j’aurai du la suivre. Si vous êtes cette fille, contactez-moi, je veux vous parler.

La fille du métro

Un jour dans le métro à Paris une fille s’assoit devant moi. Elle me plaît tout de suite. Elle est brune, fine, un condensé des mille filles brunes que j’ai aimé un jour. Elle corrige un devoir de mathématique, j’y jette un coup d’œil, j’y comprend rien, elle me regarde. Un parfum de bonheur possible immédiat, illimité, me soulève le cœur. Nous nous observons le temps de trois stations. Je sens chez elle la même vibration soudaine. Elle range ses affaires et se lève pour descendre à la prochaine station sans se retourner mais je sais qu’elle sait que je la fixe. Les portes s’ouvrent. Elle descend de la rame et disparaît de mon champ de vision. Le métro démarre, et à l’instant où nos regards se croisent à nouveau, je réalise dans ses yeux que j’aurai du la suivre. Si vous êtes cette fille, contactez-moi, je veux vous parler.

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